Quelle nuit j'ai passé, et quel réveil!
Je me suis endormi vers 22h, après m'être confortablement installé dans ma tente. Il faisait -2°C dehors, j'ai mis du temps à me réchauffer cette fois-ci. Je me suis évidemment réveillé vers minuit, je me réveille toujours vers minuit... Difficile de me rendormir ensuite! Pourquoi? Pas parce que j'ai peur d'un quelconque animal sauvage, non, plutôt parce que je suis aux pieds des Rocheuses, et que j'ai tellement envie d'être demain. Mon excitation m'a donné bien du mal à retrouver le sommeil, surtout que le vent s'en est mêlé assez violemment à partir de 3h du matin, secouant ma tente dans tous les sens. Heureusement, je suis maintenant expert dans l'art de la planter, pas de risque de m'envoler! Finalement, levé à 9h pour moi. Le vent est violent, évidemment contre moi, mais je m'en fous, peu importe où je regarde, c'est un chef-d'œuvre à chaque fois.
Pour atteindre Fernie, je dois traverser la Crowsnest Pass. Will et Anouk m'avaient prévenu que ça allait être venteux, ils avaient raison. Ma tente s'est quasiment envolée quand j'ai voulu la démonter. Les rafales atteignaient presque les 40km/h. J'ai donc pris mon courage à deux mains, mû par la volonté d'enfin rejoindre la Colombie-Britannique, et me retrouver au cœur des montagnes. J'ai mis une heure pour faire 12km, et rejoindre Bellevue où je voulais prendre un petit-déjeuner, car j'ai épuisé toutes mes réserves de nourriture. Finalement, j'ai pris une pizza, midi approchait, et j'avais vraiment faim.
Après ce bon repas, j'ai attaqué les choses sérieuses. Difficile d'avancer, j'ai peiné à doubler une dame qui marchait sur le bord de la route, j'ai mis au moins 3h pour atteindre les 50km. Une chose m'a surpris : ça ne montait pas vraiment! Évidemment il y a eu des côtes, mais William avait raison, l'Ontario nous a donné bien plus de difficulté que les Rocheuses. Enfin, je peux difficilement comparé, il a traversé toutes les Rocheuses pour se rendre jusqu'à Vancouver.
Quant à moi, mon voyage s'achève. J'ai atteint la barre des 4000km un peu avant Fernie, j'ai fêté ça tout seul sur mon vélo eheh! J'ai ensuite retrouvé Amanda. Elle m'a offert de me reposer tranquillement chez elle, car elle et ses trois enfants passaient la soirée chez des amies, mais pas question pour moi de me coucher! Je veux célébrer! Elle m'a donc offert de l'accompagner, en me mettant en garde que j'allais être entouré d'enfants : sept en tout. Et oui, ses deux amies, Ginette et Courtney, sont mamans aussi. Leurs maris travaillent tous pour des compagnies pétrolières, et sont absents pour le moment. J'ai passé une très agréable soirée en leur compagnie, elles m'ont tellement bien accueilli, comme des mamans quoi!
Me voilà dans mon lit à présent. Il ne me reste qu'une cinquantaine de kilomètres avant d'arriver à Jaffray, et enfin prendre le temps de réaliser ce que j'ai vécu ces 48 derniers jours.
Oui, quelle aventure! Physique, mentale, intérieure, extérieure. Combien de rencontres inédites, de paysages exceptionnels! J'ai beaucoup appris de ce voyage. Tout d'abord, que j'avais peur des autres. Et oui, pour quelqu'un comme moi, qui n'est pas vraiment sorti de sa chaise devant son ordinateur, ce n'était pas évident d'aller cogner aux portes de maisons isolées sur le bord de l'autoroute. J'ai compris qu'il suffit de peu de choses pour que les gens vous ouvrent leur coeur et leur foyer, et ça m'a donné beaucoup de confiance, en moi et en les autres. A l'avenir, il sera difficile pour moi de concevoir un voyage sans couchsurfing. Ce merveilleux concept regroupe donc des gens merveilleux. Cela coûte bien moins cher que prendre une chambre d'hôtel dans un quelconque motel ou resort, qui finalement ne changera en rien notre quotidien, et ne fera que le téléporter à une autre place du globe. Quoi de mieux que d'être chez quelqu'un qui accepte de laisser rentrer un étranger chez lui, vivre son quotidien, faire partie de sa vie pour un court moment, et partager nos expériences. Chaque rencontre que j'ai faite ces derniers 48 jours était un voyage en soi.
Et quelle incroyable sensation que se réveiller chaque matin dans un endroit différent, sans savoir de quoi sera faite ma journée, dans quels paysages je vais rouler, ni où je terminerai ma course. C'est ça le Voyage! Ce n'est pas juste une destination exotique, c'est l'inconnu! C'est les autres! C'est soi-même!
C'est faire l'expérience véritable, de la Liberté.
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